Agence du Numérique (ex - Agence Wallonne des Télécommunications / AWT), la plateforme ICT de la Wallonie

mercredi 22 novembre 2017

Citoyens wallons et TIC. Recommandations 2012 de l'AWT

L'AWT mène une analyse de la fracture numérique depuis plusieurs années. Sur base de cette expertise, l'AWT identifie 4 enjeux majeurs liés à cette fracture et 4 axes d'action pour la réduire, au niveau de l'accès aux TIC, de leur usage et des compétences liées des citoyens
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Mis à jour le 12/06/2012 | Imprimer | Envoyer
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4 axes d'action pour un meilleur accès aux TIC et des usages plus avancés

En marge de l'impossibilité ou de la difficulté à se connecter à Internet, constituant la fracture numérique de premier degré, une seconde fracture est de plus en plus visible depuis quelques années et se manifeste dans la difficulté d'une partie de la population à faire un usage pleinement efficace des technologies. Plusieurs études récentes font état du fait que cette seconde fracture se décomposerait elle-même en deux fossés distincts, liés tous les deux à un manque d'information sur les TIC:

  • le premier serait en partie générationnel, notamment lié au désintérêt par rapport aux évolutions des TIC ou à une utilisation rigide de ces dernières,
  • l'autre concernerait le manque de compétences pour un usage des TIC sans risque et pleinement bénéfique aux personnes.

En 2011, l'AWT avait déjà identifié des axes d'action pour réduire la fracture numérique. En 2012, on constate que, si des progrès sont incontestables, notamment en matière de formation aux TIC et par les TIC, il faut encore les renforcer car les fractures sont tenaces.

Ces 4 axes d'action sont:

  1. le recours aux TIC comme outil d'intégration et d'apprentissage, notamment via le multimédia ou les applications conviviales (sur tablette par exemple), pour sensibiliser à la culture numérique et vulgariser le discours sur les TIC,
  2. l'intégration forte des TIC à l'école, d'une part, et la formation permanente aux TIC, d'autre part, notamment via le soutien des EPN et le travail des acteurs de terrain,
  3. l'ergonomie et la simplicité des supports numériques,
  4. la lutte contre la pauvreté et l'exclusion numérique, notamment avec le support des technologies, et le maintien d'autres canaux d'information et de services.

Axe 1. Intégration forte des TIC à l'école et formation permanente aux TIC

C'est le "slogan numérique" de l'AWT : intégrer les TIC à l'école ! Depuis le signal d'alarme du baromètre 2010 sur l'état d'informatisation et d'appropriation des TIC dans l'école, la Wallonie s'est engagée dans l'élaboration d'un nouveau plan d'intégration des TIC dans l'enseignement. Il s'est concrétisé en 2010 par la mise en place de 28 projets pilotes (ecolenumerique.be). Cette initiative n'est qu'un premier pas. Il convient de la prolonger par une action de plus grande envergure, pour toucher rapidement l'ensemble des écoles de la région. Cette action doit être menée en parfaite entente avec la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Communauté germanophone.

Une fois encore, l'AWT insiste sur l'aspect crucial de cet axe ! Les impacts de la révolution numérique sur le monde de l'éducation sont encore loin d'être envisagés dans toute leur ampleur.

Il ne faut toutefois pas oublier les autres filières d'enseignement. Tous les autres formations, spécialement celles destinées aux personnes économiquement fragiles et les aînés, devraient au moins inclure un module axé sur l'utilisation efficace et responsable des TIC. En particulier, les dispositifs d'accompagnement et de formation via les EPN et PMTIC doivent être poursuivis, même si une réflexion est nécessaire pour simplifier et intégrer des initiatives. Dans ce cadre, la reconnaissance officielle des formateurs et acteurs de terrain doit encore progresser pour mener à plus long terme ces actions qui sont aujourd'hui ponctuelles et non généralisées à l'ensemble du territoire wallon.

Axe 2. Recours aux TIC comme outil d'intégration et d'apprentissage

L'information diffusée sur les TIC et leurs bénéfices potentiels doit être claire, incitante et non contraignante. L'enjeu pour les pouvoirs publics et les entreprises du secteur TIC est de vulgariser le discours en la matière, y compris les conseils informatiques souvent complexes. Il faut en outre adapter le discours à des cibles multiples dont les profils et intérêts sont très différents.

L'interactivité croissante et l'aspect plus ludique de certaines applications Web actuelles pourraient être utilisés pour sensibiliser ces publics aux bénéfices qu'ils pourraient en retirer. Les EPN ont un rôle important à jouer dans ce domaine, notamment au travers des divers appels à projets initiés récemment par la Wallonie et Technofutur TIC, concernant des actions de sensibilisation aux TIC pour l'emploi. Une trentaine d'EPN labellisés lauréats vont bénéficier d'une subvention pour permettre aux personnes en recherche d'emploi de favoriser leur insertion sur le marché du travail par les technologies et de connaître les filières TIC.

Multiplier ces initiatives est un moyen efficace de lutter contre la fracture numérique des publics précarisés et/ou en manque de compétences. L'originalité de certains projets, rendant les technologies attractives, peuvent faire la différence pour leur démontrer l'utilité des TIC.

Axe 3. Ergonomie et simplicité des supports numériques

Les problèmes récurrents d'ergonomie, d'accessibilité et de standardisation sont autant de freins à l'usage aisé par tous des applications en ligne et renforcent la peur souvent injustifiée d'erreurs techniques ou d'arnaques. Les interfaces TIC devraient être systématiquement conçues pour que l'usage en soit simple, spontané et respectueux de la manière de penser des utilisateurs, et non auto-centrées sur les professionnels des TIC.

Le respect des normes internationales et des standards d'accessibilité sont des moyens qui permettent un accès plus facile de tous aux TIC, de même que l'intégration systématique, dès la conception, de dispositifs facilitant l'usage par certains publics ayant une habileté restreinte ou un handicap. Le souci de l'ergonomie des solutions doit être intégré ou renforcé dans les formations des professionnels des TIC et également dans les formations de toute personne s'occupant de la construction et de la mise à jour de sites Web à destination du grand public.

C'est particulièrement vrai pour le secteur public. On soulignera que les communes wallonnes sont déjà sensibilisées à cette question, même s'il reste beaucoup d'efforts à faire. Enfin, les PME/TPE wallonnes, et plus spécifiquement celles actives dans l'e-commerce, ont elles aussi encore du chemin à parcourir. Elles doivent aussi intégrer plus activement les principes de l'ergonomie.

Axe 4. Lutte contre la pauvreté et l'exclusion numérique

C'est une évidence, mais il faut la rappeler ! Lutter contre la pauvreté, l'illettrisme, l'exclusion et la fracture sociale est une condition sine qua non pour réduire la fracture numérique, qu'il s'agisse de l'accès aux technologies ou de leur utilisation adéquate. Il serait en outre judicieux d'utiliser les TIC pour aider les personnes précarisées à sortir de conditions de vie défavorables. On pense en premier lieu aux seniors et aux femmes (âgées ou chefs de ménage monoparental), qui constituent 80% des personnes en difficulté, aussi bien en termes d'équipement qu'en termes d'usages des TIC. Ces personnes sont déjà démunies au niveau de la possession et de l'usage de technologies comme le GSM, c'est donc logiquement qu'elles ne peuvent faire un usage pleinement efficace d'autres technologies complexes telles que l'ordinateur et Internet.

D'autre part, il faut examiner de manière plus profonde les raisons pour lesquelles 20% de non internautes "divers" (surtout parmi la population de moins de 45 ans), n'utilisent pas ou peu les TIC, notamment pour adapter les actions à mener spécifiquement pour ce public. S'il subsiste des personnes qui refusent d'introduire les TIC dans leur mode de vie, elles sont en réalité assez peu nombreuses dans cette tranche d'âge.

Enfin, si la disparition progressive du papier ou de certains services-guichets constitue une évolution évidente induite par les TIC, il faut se méfier d'un effet pervers qui aggraverait la vulnérabilité et la précarité d'une partie de la population. Il est important de continuer à proposer des moyens de communication non numériques pour éviter de fragiliser encore plus les non usagers d'Internet et les usagers en manque de compétences.

4 enjeux politiques pour une Wallonie numérique

La fracture numérique existe également au sein des entreprises, des administrations et organisations publiques, des institutions politiques, ou encore des écoles. Ces différentes fractures s'enchevêtrent et, dans un cercle vicieux, convergent finalement vers le citoyen... qui les alimente aussi. Tout cela brouille encore considérablement la perception des TIC. Besoin de contrôle, peur de l'usage ou supposés dangers socio-économiques l'emportent trop souvent sur les opportunités de développement, de responsabilisation et de bien-être des TIC.

La fracture numérique touchant les citoyens peut toucher des organisations parce que ce sont les citoyens qui font les organisations. Elle est présente dans quasi toutes les couches de la population, et pas seulement chez les seniors inactifs. Les personnes actives en fracture ne sont pas à même d'amener les TIC sur leur lieu de travail. C'est par exemple le cas des indépendants dont 12% ne sont pas utilisateurs d'Internet. Ceux-ci ne sont pas à même de fournir un service sur le Web, de pratiquer l'e-business, ou encore de communiquer plus efficacement avec le client.

Ensuite, les entreprises n'ayant pas encore investi le Web ou les services publics laissant les e-services en rade, cantonnent le citoyen dans des usages de communication fastidieux, voire obsolètes. Ainsi, en matière d'e-commerce, les citoyens achètent principalement sur des sites étrangers ou sur des boutiques en ligne qui font partie de grandes chaînes. Le taux de Wallons achetant en ligne progresse, mais reste à la traîne par rapport à nos voisins. Mettre la faute sur le dos du seul citoyen est trop simple, de même qu'il serait sans doute exagéré d'y voir seulement la conséquence de manques du côté de l'offre en ligne. Ces explications doivent être couplées à la structure économique particulière en Wallonie où les nombreuses (très) petites entreprises ne sont pas forcément visibles sur la toile et où les commerces de proximité permettent plus rarement les commandes via Internet.

La fracture numérique est avant tout une question de compétences. Un manque de compétences est tout aussi problématique qu'un non usage. Ce n'est pas parce que le citoyen est internaute qu'il utilise le Web efficacement et en toute sécurité. Or, l'attribution de certains postes à charge informatique ne se fait pas toujours en fonction de ces compétences requises dans le milieu de travail. Par exemple, on observe que moins de la moitié des communes wallonnes ont engagé un informaticien (ou webmaster) de métier, alors qu'elles ont quasi toutes un site Web et des services interactifs pour le citoyen. L'heure est donc à la professionnalisation des compétences-métiers TIC.

Enfin, la question du genre est actuellement au centre de plusieurs études et réflexions, au sein de groupements d'entreprises, d'associations et de pouvoirs publics. Les femmes sont très peu représentées dans les filières TIC. Les hautes écoles et les universités belges peinent à obtenir au moins quelques inscriptions féminines en option informatique. Certaines n'en comptent même plus sur leurs bancs dans ce domaine précis. L'informatique n'est paradoxalement pas un domaine attrayant dans notre pays pour les jeunes femmes. Il faut en analyser les raisons, qui sont probablement culturelles. Dans certains pays Nord-africains, les femmes sont très nombreuses dans des orientations technologiques, particulièrement en informatique, car elles y trouvent un moyen de se valoriser et de trouver leur place dans leur société.

En conclusion, l'AWT indique 4 enjeux économiques et politiques majeurs liés à la lutte contre la fracture numérique.

  1. Les usages avancés dans les entreprises et les organisations. Il faut poursuivre l'aide et le développement des usages TIC avancés dans les entreprises, les services publics et le secteur non-marchand.
  2. Les services à la personne via les TIC. L'e-santé doit être une préoccupation majeure. Il faut donc renforcer les services numériques (maintien à domicile, e-wellness, monitoring, etc.) et veiller à leur intégration dans notre vie quotidienne. Les questions relatives à la réputation et à l'identité numériques sont également essentielles.
  3. Les femmes. L'informatique et les TIC en général manquent de main-d'oeuvre, notamment féminine. Aucun progrès sociétal ne s'est fait sans l'apport des femmes,
  4. Le dialogue écoles-entreprises. Ecoles et entreprises ont tout à y gagner. Les premières parce que le développement fulgurant des TIC les obligent à rester en contact étroit avec le monde professionnel. Les secondes parce qu'aucun développement n'est possible sans personnel qualifié.

Pour en savoir plus

  • Trop faciles, les TIC! ... en ligne
    Le contenu du DVD "Trop Faciles les TIC" est désormais disponible intégralement en ligne. Développé par l'AWT et Easi-Wal, ce DVD, déjà distribué à plusieurs milliers d'exemplaires, permet de découvrir de façon ludique pourquoi et comment utiliser les TIC
    http://awt.be/web/dem/index.aspx?page=dem,fr,dvd,000,000
  • Où en est la Wallonie numérique par rapport à l'Europe?
    Sur base son baromètre TIC 2011, l'AWT a comparé la Wallonie par rapport à d'autres régions ou pays européens. Si l'accès à Internet et son usage atteignent des niveaux très honorables, d'autres indicateurs, comme l'e-commerce, sont moins favorables
    http://awt.be/web/dem/index.aspx?page=dem,fr,foc,100,082
  • Préparer l'école numérique de demain
    28 projets pilotes ont été sélectionnés pour un budget total de 450.000 euros, afin de préparer le prochain plan d'équipement TIC des écoles. En phase de démarrage, ils bénéficieront d'un suivi pédagogique et technique
    http://awt.be/web/edu/index.aspx?page=edu,fr,foc,100,102
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